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Production agricole mondiale : Vive le réchauffement climatique !

Production agricole mondiale : Vive le réchauffement climatique ! Le réchauffement climatique ne fait pas que des mécontents et ne provoque pas que de l’inquiétude : plus le climat se réchauffe et plus la production agricole mondiale augmente, à un rythme de plus en plus rapide. Cela n’étonnera pas les « happy few » qui ont lu le dernier « Résumé à l’intention des décideurs » du GIEC (celui de 2014), qui l’avait prévu explicitement. Les chiffres de FAOSTAT  montrent qu’ils ont eu raison de prévoir cette embellie de la production agricole mondiale.

Que disait le résumé précité du GIEC en 2014 ? C’est précis et explicite (page 13) :

 « S’agissant du blé, du riz et du maïs des régions tropicales et tempérées, le changement climatique devrait avoir, à défaut d’une adaptation, une influence négative sur la production en cas de hausses locales de la température moyenne de deux degrés par rapport au niveau de la fin du 20ème siècle ».     

  

Cet encadré permet de mettre en avant un point que peu d’experts ont signalé : lorsque le GIEC, dans ses rapports, estime que la communauté internationale doit prendre les mesures nécessaires pour que le réchauffement climatique n’atteigne pas deux degrés, c’est en général « par rapport aux niveaux préindustriels », c’est à dire à la période 1850-1900. Par contre, lorsque le GIEC parle d’agriculture, comme dans l’encadré cité ci-dessus,  le point de départ du calcul des deux degrés est la fin du 20ème siècle. La différence est importante, puisque le réchauffement constaté au cours du 20ème  siècle a été de l’ordre de 1 degré. Plus précisément, le GIEC cite le chiffre de 0,85 degré pour la période 1880 -2012.

 

Il est donc clair, selon le GIEC, que, jusqu’à deux degrés d’augmentation de la température moyenne par rapport à la fin du 20ème siècle, les conséquences sur les grandes cultures citées ne peuvent être négatives. Or, le même rapport du GIEC indique que, entre la période 1986-2005 et 2035, l’augmentation moyenne de la température devrait être située entre 0,3 et 0,7 degré, c’est à dire aux alentours de 0,5 degré. Nous sommes loin des deux degrés fatidiques, et, de fait, selon les chiffres de FAOSTAT, la croissance de la production agricole mondiale et des rendements n’a jamais été aussi importante, non seulement pour les céréales, mais aussi pour les autres productions agricoles, qu’au cours des dernières années, dont on dit qu’elles ont été les plus chaudes jamais enregistrées. .

 

Voici les chiffres, concernant d’abord le secteur des céréales, riz compris, cité par le rapport du GIEC :

 

- La production de 2016 en moyenne triennale (c’est à dire de la moyenne des années 2015, 2016 et 2017) est supérieure de 27 % à celle de 2006, également en moyenne triennale. Au cours de la décennie précédente (1996 -2006), la progression correspondante n’avait été que de 13 %. Cette progression au cours de la dernière décennie est particulièrement importante dans un pays comme la Russie, dont la façade maritime Nord « bénéficie » très largement du réchauffement climatique : la croissance de la production de céréales dans ce pays au cours de la dernière décennie a été de 52 % (117 millions de tonnes contre 77 millions), alors qu’elle n’a été « que » de  27 % en moyenne mondiale. 

 

- L’évolution des rendements est encore plus parlante : depuis les années 1960, avec une régularité de métronome, cette progression a été, pour les céréales, de 4 quintaux tous les 10 ans. Au cours de la dernière décennie, marquée par une accentuation du réchauffement climatique, l’augmentation correspondante, toujours en moyenne triennale, est proche de 7 quintaux, puisqu’elle est passée de 33,16 quintaux en 2006 à 39,93 quintaux en 2016 : vive le réchauffement climatique !

 

L’évolution est identique pour les fruits, pour les légumes et pour le lait. Les chiffres, toujours en moyennes triennales, sont les suivants, concernant la progression de la production mondiale, de 1975 à 1995 d’une part, et de 1995 à 2015 d’autre part :

 

 

1975 - 1995

1995-2015

 

 

 

Fruits

+ 59 %

+ 80 %

Légumes

+ 54 %

+ 105 %

Lait

+ 26 %

+ 49 %

 

Seules les viandes font exception, puisque les chiffres correspondants sont de + 77 % et de + 59 %.

 

Plus globalement, la progression de la production agricole mondiale, toutes grandes productions prises en compte (céréales, oléagineux, canne et betterave à sucre, fruits, légumes, lait et viandes), a été au cours des deux dernières décennies de 31 % par décennie. Cela rend particulièrement bizarres les prévisions de Nicolas Hulot, qui affirmait dans Les Echos du 30 octobre 2015 que la production agricole mondiale diminuerait de 2% par décennie « dans les décennies à venir », suite au réchauffement climatique. Pour le moment, et tant que le réchauffement n’atteindra pas 2 degrés par rapport à la fin du siècle dernier, une prévision de ce genre est tout simplement ridicule, et cela pour plusieurs décennies, si on croit le GIEC et si on regarde les chiffres. Espérons que notre grand expert est plus sérieux quand il parle d’environnement et de climat que lorsqu’il parle d’agriculture.

 

Un autre point, allant dans le même sens, mérite d’être signalé. Tous les experts sont d’accord pour estimer que, pour nourrir convenablement les 10 milliards d’habitants de notre planète en 2050, il faut multiplier la production agricole mondiale de 1995 par 2,25. Grâce à FAOSTAT, nous disposons aujourd’hui de chiffres qui permettent de projeter jusqu’à 2050 l’évolution observée depuis 1995. Cette projection est très instructive : à partir des chiffres de 2008, toujours en moyenne triennale, la projection pour 2050 est une multiplication de la production agricole mondiale de 1995 par 2,84 ; à partir des chiffres de 2012, le chiffre correspondant est de 2,88 et, à partir des chiffres de 2016, de 2,98. Cela démontre, non seulement que la marge par rapport à 2,25 est importante, mais qu’elle grandit d’année en année. On pourra toujours objecter que demain ne sera pas comme aujourd’hui. J’ai démontré, dans mon livre « La famine vaincue ? », publié aux éditions « La France Agricole » au début de cette année, que ces projections sont globalement valables, notamment grâce au réchauffement climatique.

 

Tout cela n’empêchera pas les médias et les prophètes de malheur, à l’unisson comme d’habitude, de proclamer que, dans ce domaine comme dans les autres, « le pire est à venir ». Concernant l’agriculture mondiale, si on écoute le GIEC, on peut estimer que ce n’est pas vrai et, et si on regarde les chiffres de FAOSTAT, on peut conclure que les paysans du monde ont fait leur boulot, en privilégiant les aspects quantitatifs, comme cela leur était demandé. Ils continueront à le faire en s’adaptant progressivement à la nouvelle demande sociale, désormais attachée également aux aspects qualitatifs. Espérons que les politiques agricoles, injustement décriées, suivront la même évolution, sans oublier que 800 millions de personnes souffrent encore de la faim dans le monde.

 

 

Pierre le ROY Novembre 2019

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